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Recrutement des chercheurs : non à la science fléchée - SNCS-HEBDO 11 n°15 (13 septembre 2011)

mardi 13 septembre 2011, par Laurence

Au moment où la direction du CNRS plaide le malentendu au sujet de sa demande de thématiques et de laboratoires « prioritaires » pour le recrutement et l’affectation des chercheurs (SNCS-Hebdo 11 n°14 du 18 juillet 2011), la principale instance paritaire de l’organisme est saisie sur… les concours de recrutement au CNRS ! Hasard du calendrier ? La demande de l’été et les projets de l’automne vont exactement dans le même sens : le CNRS veut recruter, non plus des chercheurs, mais des « thématiques » pour des « sites », sous le regard attentif de sa hiérarchie. Mais le hasard fait mal les choses : par son refus de dialoguer, la direction du CNRS se prépare un conflit dur avec l’ensemble de ses personnels.

Philippe Büttgen, secrétaire général adjoint du SNCS-FSU

Le Comité Technique Paritaire (CTP) du CNRS a été consulté le 9 septembre 2011 sur un projet de modification du décret n°84-1185 du 27 décembre 1984 portant statuts particuliers des corps de fonctionnaires du CNRS. Ce texte régit en particulier les modalités de recrutement et d’évaluation des personnels chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs. Dans les modifications proposées, les concours de recrutement des chercheurs sont strictement encadrés par la direction du CNRS, au détriment du Comité national ; l’évaluation des chercheurs et des ITA est mise sous la coupe de l’AERES, sous l’habillage fallacieux d’une « validation » des procédures.

Le diable est dans les détails mais le diable sait ce qu’il veut. Les modifications relatives aux concours sont légères en apparence. Certaines d’entre elles font depuis quelque temps l’objet d’un débat, comme la possibilité d’une présélection des dossiers de candidature avant audition. Sur ce point, le SNCS maintient ses réserves, au nom de la spécificité du recrutement national et pluridisciplinaire au CNRS. Le SNCS s’opposera à un recrutement des chercheurs fondé sur l’affichage de profils de site ; il combattra toute forme de présélection qui permettrait d’éliminer les candidatures non conformes à des « priorités » thématiques.

D’autres modifications n’étaient en revanche demandées par personne : possibilité d’instauration, au sein des jurys d’admissibilité du Comité national, de « sections » nommées par le Président du CNRS (et non par les jurys) pour procéder non seulement à l’audition des candidats, mais aussi à l’examen de leurs dossiers.

Les modifications du décret font aussi bonne place à la possibilité pour le jury d’« entendre le président du CNRS ou son représentant » avant les opérations de jury. Une version antérieure prévoyait en outre une audition du président « après délibération », mesure si respectueuse de l’indépendance des jurys que l’administration l’a retirée dans une certaine confusion : tant il est vrai que, dans la politique actuelle du CNRS, l’« erreur matérielle » (ah, la secrétaire !) est la meilleure alliée des « hasards de calendrier » (ah, le Conseil d’État !).

Sans doute parce qu’il ne s’agit, comme elle ose l’affirmer, que de modifications «  techniques », la direction du CNRS a rejeté tout amendement de ce texte lors de la dernière réunion du CTP : stratégie d’obstruction, menée dans un mépris complet des instances de concertation. L’ensemble des organisations syndicales représentées au CTP a voté contre ce texte obstinément clos à la discussion.

L’attitude de la direction devant les représentants du personnel pose un redoutable problème de logique. Il suffit de comparer sa phobie de la discussion sur les procédures de concours aux bonnes paroles prodiguées, dans la même enceinte puis à l’AEF, par le Président du CNRS. La commande de thématiques et de laboratoires « prioritaires » en vue du recrutement fait maintenant l’objet d’un précautionneux désamorçage : «  interprétation erronée », « demande banale », « concertation » avec les instances scientifiques de l’organisme. Ce sont les premiers fruits de la protestation des directeurs d’unités et des membres du Comité national, soutenue par le SNCS et les syndicats de la recherche et de l’enseignement supérieur .

L’offre de « concertation » sur les concours se résume pour l’instant à une série de refus : refus d’expliciter la distinction entre ces « priorités » et les traditionnels coloriages et fléchages de postes décidés chaque année ; refus de s’expliquer sur le lien entre la demande de « priorités » thématiques et la modification des dispositions du décret portant sur les concours ; refus d’établir la moindre relation entre la « réflexion » que la direction annonce sur les « modalités accompagnant les concours » et les exigences du « Grand Emprunt » en matière de politique des personnels.

Sur tous ces points, le discours de la direction du CNRS relève de la plus franche des dénégations. Pour sa part, le SNCS poursuivra son combat contre la science intégralement fléchée dont rêve le gouvernement : fléchage géographique (LabEx, IdEx, EquipEx), thématique (« priorités »), économique (partenariats public-privé, SNRI). Suite au vote de ses représentants au CTP, le SNCS exige le retrait de l’intégralité des modifications du décret de 1984 sur les statuts des fonctionnaires du CNRS.

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