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Ça bouge (fort fort) dans l’ESR, la presse et les médias s’en aperçoivent - Dossier Janvier-Mars 2020

mercredi 11 mars 2020, par Mariannick

« La recherche publique ne doit plus servir à détruire la planète »

Le Monde, 11 mars 2020
Dans une tribune au « Monde », des chercheurs expriment leurs craintes vis-à-vis de la prochaine loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Selon eux, celle-ci contribue à aggraver la crise écologique, et non à la réduire.

[…]

Pour ne prendre qu’un exemple, le troisième rapport (p. 6) donne comme modèles à suivre ces entreprises nourries de « découvertes scientifiques et technologiques issues de la recherche publique », devenues leaders de l’économie mondiale : « Airbnb, Amazon, Facebook, Google, SpaceX, Tesla, Uber (…), Huawei, Baidu, Alibaba, Tencent ». Voilà à quoi devrait contribuer la recherche française…

Est-il utile de préciser que ces entreprises, dont certaines se sont construites par l’emploi précaire tout en contribuant au dumping fiscal, sont également parmi les plus destructrices de la planète ? Peu après (p. 7), le rapport recommande d’« augmenter significativement l’impact économique, sociétal et environnemental (…) des découvertes scientifiques et technologiques » – d’augmenter « l’impact environnemental » de la recherche : la formule, maladroite, sonne comme un lapsus révélateur. Rien, dans les propositions, ne permet d’éviter un « impact » négatif.

[…] quel devrait être le rôle des scientifiques ? Les sciences ne sont aucunement vertueuses par essence. Si elles ont joué un rôle majeur d’alerte et de compréhension des processus sociaux, physiques et biologiques qui ont conduit au désastre, elles ont, en même temps, activement contribué à ce même désastre.

Une loi qui les mettrait prioritairement au service de la « puissance industrielle et économique de la France » (premier rapport, p. 2) fait primer des tendances qui vont à l’encontre de l’immense défi écologique. Pour y répondre, les « conventions de citoyens » pourraient être une manière démocratique de penser, en commun, le rôle de la recherche publique et d’éviter que les sciences ne soient placées en surplomb pour gouverner « l’urgence » écologique. Elles les mettraient au cœur du nécessaire débat public sur les possibles transitions et contribueraient à restaurer aussi du sens dans nos métiers.


Lire la suite dans le Monde (abonnés) pour y trouver la liste des signataires…


Universités en lutte : “On oriente la recherche vers des phénomènes de mode”

Entretien avec Jean-Louis Fournel de SLU, Mathilde Blottière, Télérama, 5 mars 2020.

La communauté universitaire est en ébullition. Déjà en souffrance depuis plusieurs années, elle s’est mise en grève pour lutter contre un nouveau projet de loi, qui risque encore d’augmenter sa paupérisation. Les explications de Jean-Louis Fournel, membre de l’association Sauvons l’université

«  Le jour où l’université et la recherche s’arrêtent » : aujourd’hui, jeudi 5 mars, le monde scientifique fait le mort pour protester contre l’arrivée de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). À l’appel de la coordination nationale des « facs et des labos en lutte », cette mobilisation des universitaires, soutenue par l’ensemble des syndicats du secteur, dénonce une réforme « inégalitaire » qui risque d’augmenter la précarisation et la paupérisation d’un domaine déjà en souffrance. Jean-Louis Fournel, professeur à l’université Paris-8 et membre de l’association Sauvons l’université, a répondu à nos questions.

A lire ici.

Il faut faire bugger le système en l’empêchant de fonctionner dans ce qu’il a de plus inégal. En deux mots, il faut intervenir au niveau des agences nationales d’évaluation. Par exemple le Hcéres [Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur, ndrl], qui va prendre de plus en plus de place dans l’attribution différenciée et inégalitaire des budgets de recherche. Il faut arrêter de se prêter à quelques collaborations, que ce soit avec l’ANR et le Hcéres. Concrètement, hier, j’ai reçu un mail de l’ANR qui me demandait d’évaluer un dossier de demande de financement sur un appel à projet. J’ai répondu non – par principe je refuse de participer à cela. Si l’on est nombreux à jouer ce jeu-là, ça va les embêter très sérieusement. Sauvons l’université va appeler à enrayer le système du Hcéres tant que ses modes de fonctionnement n’auront pas été clarifiés. Il faut qu’on arrive à trouver des moyens d’action de long terme pour résister. On les trouvera, j’ai confiance en notre intelligence collective.


UNIVERSITÉ ANNÉE ZÉRO

par des enseignants du département cinéma de l’université Paris 8 (laboratoire ESTCA)
Les Cahiers du Cinéma, mars 2020 à télécharger ci-dessous.

PDF - 83.7 ko

5 mars : des salarié·e·s de Mediapart soutiennent enseignant·e·s, chercheur·e·s et étudiant·e·s

Blog sur Médiapart, 4 mars 2020.

Nous, salarié·e·s de Mediapart, exprimons notre solidarité à l’égard de tous les personnels engagés contre une loi qui aggravera leur précarité et leurs conditions de travail (déjà dégradées). Si leur situation sociale suffirait à légitimer la contestation, la portée de celle-ci se révèle bien plus large. Travaillant pour un média d’information générale, mobilisant régulièrement les savoirs acquis sur la marche de nos sociétés, nous mesurons l’importance cruciale des chercheurs, chercheuses, enseignantes et enseignants pour la qualité du débat public.

Dans notre pratique professionnelle, nous avons en effet recours à leur regard et leur savoir pour donner du sens aux faits dont nous rendons compte. Afin de s’y retrouver dans le chaos des informations brutes dont nous sommes inondés chaque jour, citoyens comme journalistes, il est nécessaire d’avoir de la mémoire et de se doter de grilles de lecture multiples. Pour qui se préoccupe des comportements et décisions qui déterminent notre destin collectif, cet éclairage se révèle indispensable, y compris lorsqu’il est polémique.


On avoue, on vous épargne bien des tribunes !!
Celle-ci par exemple…

Recherche : « Le mouvement dans les universités et les centres de recherche se rapprochent de celui des “gilets jaunes” »

Gilet jaune, un gros mot ?
Pas de citation, pas de lien (débrouillez-vous [1]), mais des « éléments de langage » :

« Entrés en ébullition ; théâtralité classique ; les formes de « lutte » (puisque tel est le vocable consacré), attisées par un éternel romantisme français de l’insurrection, volonté de la minorité de « bloquer » la majorité ; propagation de rumeurs ou de fausses nouvelles ; conservatisme du milieu universitaire français ; les vrais enjeux : excellence des recherches et des publications… »

En une phrase : "LPPR mon amour"


Mais des fois, on est rassuré de trouver la gauche à gauche et la droite à droite.
Ainsi dans cet article de Challenges, signé de Sophie De Menthon, présidente du mouvement patronal ETHIC, après avoir quitté le comité d’éthique du MEDEF quand Laurence Parisot voulait discuter du plafonnement des salaires des patrons.

Y a-t-il des ministres à la tête des administrations ?

Par Sophie De Menthon, Challenges, le 5 mars 2020

"Au détriment de toute éthique, des enseignants entraînent les étudiants à désobéir tout en procédant à la levée du contrôle d’assiduité, la rétention de notes, l’annulation de partiels…"

"Les enseignants entraînent les étudiants dans l’illégalité, la désobéissance et ce, dans l’indifférence absolue. Ces professeurs au statut de fonctionnaire ont (très) théoriquement un devoir de réserve (loi du 20 avril 2016 pour tous les fonctionnaires actant "l’obligation de neutralité et de dignité"). Cela ne les n’empêche nullement de procéder à la levée du contrôle d’assiduité, faire la rétention de notes, inciter aux blocages , annuler des partiels, etc."

"Il faut un « patron »

"L’enseignement privé, de plus en plus privilégié pour la réussite des élèves, finit par être le recours car il est rare que les enseignants y mobilisent leurs élèves en critiquant l’établissement qui les fait vivre. Même s’ils leur arrivent d’exprimer des regrets sur les conditions matérielles de leur exercice professionnel, un comportement militant ne pourrait échapper à leur direction et leur évolution de carrière s’en ressentirait (jusqu’à leur exclusion éventuelle).

En un mot, comme partout il faut un "patron" ! Voilà qui inciterait nos universitaires et profs à se concentrer sur le programme et les examens. Or dans le public, l’impuissance absolue de la hiérarchie et l’absence de sanctions encouragent les dérives. Les malheureux rappels à l’ordre des recteurs indiffèrent, et le ministre se tait. Impuissante ? A moins qu’elle n’estime avec Montesquieu que : "Lorsque les maîtres cesseront d’enseigner, le élèves pourront enfin apprendre" ! » "

Pour une vraie réflexion sur l’éthique : voir l’avis du COMETS CNRS sur la LPPR


INSOLITE - Strasbourg : pour “gagner 13 millions d’euros” et financer la recherche, des universitaires jouent au loto

Sabine Pfeiffer, site France Info - Grand Est, 5 mars 2020.

"Contre l’autonomie des universités, vive la ’lotonomie’ de la recherche !" "Au tant vanté autofinancement des universités, nous répondons par le ’lotofinancement’." Les jeux de mots sont peut-être faciles, mais explicites. Et dans le communiqué publié ce mercredi 4 mars, les membres du collectif d’enseignants et de chercheurs de l’Université de Strasbourg (Unistra) à l’origine de cette initiative ’lotofinancement’ s’en donnent à cœur joie. Car quoi de mieux que l’humour pour dénoncer ce qui fâche ?


Les Universités et la recherche vent debout contre la réforme - TV5 Monde, 5 mars 2020

La réforme des universités ou "loi de programmation" fait l’unanimité contre elle ou presque. Mais pourquoi ?
Réponse avec Antoine Gaudin maître de conférence, très mobilisé contre cette loi et avec Philippe Blanchet auteur de "Main basse sur l’Université" paru aux éditions Textuel.


"Comment faire redémarrer l’Université ?"

(40 mins audio mp3 France Culture, le 5 mars)

Le Temps du débat - par Emmanuel Laurentin, Chloë Cambreling - Mise en concurrence et privatisation des universités, précarité étudiante et enseignante... autant de motifs pour que « le 5 mars, l’université et la recherche s’arrêtent ! ». Alors que le modèle français d’université s’étiole, quels choix politiques permettront de relancer l’Université ?
Invités  : Christophe Granger enseignant-chercheur en histoire contemporaine à l’université de Strasbourg, membre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (Paris 1/CNRS) ; Christine Gangloff-Ziegler vice-présidente de la Conférence des présidents d’université ; une Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche


« Ça va être encore plus de compétition et de contrats précaires » : chercheurs et étudiants manifestent contre la loi sur la recherche

Le Monde, avec AFP, 5 mars 2020

A Marseille, Toulouse ou Paris, des dizaines de milliers de chercheurs et étudiants ont défilé.

Doctorants, enseignants-chercheurs, chercheurs… 8 600 personnes selon la préfecture et plus de 25 000 selon les organisateurs se sont rassemblées dans l’après-midi sur le parvis de l’université Paris Diderot, avant de rejoindre la Sorbonne. « C’est un bon départ et ce n’est qu’un début, aujourd’hui on arrête tout et on construit la mobilisation », a estimé Gilles Martinet, doctorant et membre de la coordination nationale. Parmi les principales revendications de la journée : le retrait de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, un plan de titularisation dans les universités et les laboratoires et des créations de postes. Des mesures absentes, selon eux, de la future loi qui doit être prochainement présentée en conseil des ministres.

La recherche défile partout en France contre sa future loi de programmation

La rédaction de Médiapart, Médiapart, 5 mars 2020.

Au cœur de leurs revendications : un plan de titularisation massif des nombreux précaires, des créations de postes et des crédits de fonctionnement pérennes pour les laboratoires… Des mesures absentes, selon eux, de la future loi de programmation pluriannuelle pour la recherche, qui doit être prochainement présentée en Conseil des ministres, alors qu’elle était initialement annoncée pour le mois de février.

Ce jeudi, les manifestations ont rassemblé plusieurs milliers de personnes à Rennes, Strasbourg, Montpellier, ou encore Lyon. Les cortèges étaient notamment alimentés par des collectifs de précaires, présents en masse dans les travées de l’université française. (...)

Dans la capitale, les cortèges se sont élancés depuis chacune des universités d’Île-de-France pour un défilé, puis un rassemblement place de la Sorbonne. Ils étaient 8 600 selon la préfecture de police, et plus de 25 000 selon les organisateurs.

Le 5 mars, l’Université appelée à entrer en action

Sylvestre Huet, Blog Sciences2, Le Monde

Le 5 mars l’Université et les laboratoires s’arrêtent ? Une question dont la réponse ne va pas tarder. Une coordination montée par personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche (chercheurs, ingénieurs universitaires, vacataires souvent précaires, personnels des EPST et des universités) les y appellent. Un mouvement né lors des mobilisations sociales sur les retraites et nourri des craintes suscitées par la LPPR – loi de programmation pluriannuelle de la recherche – qui ne promet guère d’argent mais veut encore accentuer compétitions et contrats de courtes durées. Il est soutenu par plusieurs syndicats FO-ESR, SUD RECHERCHE EPST-SOLIDAIRES, SUD EDUCATION, SOLIDAIRES ETUDIANT·E·S, SNESUP-FSU, SNEP-FSU, SNCS-FSU, SNASUB-FSU, CGT-FERC SUP, SNTRS-CGT, CGT-INRA, L’ALTERNATIVE, UNEF, ANCMSP, SNTRS-CGT, Solidaires). Voici l’interview de Clara Biermann, Enseignante-chercheuse en ethnomusicologie à l’université Paris 8, Musidanse E.A. 1572 et membre associée au CREM-LESC UMR 7186, Vice-présidente de la Société française d’ethnomusicologie et membre du comité Facs et Labos en lutte.

La loi sur la recherche va continuer à aggraver les maux de l’enseignement supérieur

France-Culture, Anne-Laure Chouin, 5 mars 2020

Alors que plusieurs syndicats et associations appellent aujourd’hui à un "arrêt" de la recherche et de l’enseignement supérieur pour dénoncer la future Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche, témoignages de deux chercheuses qui dénoncent quinze ans de coups portés à leur secteur.

Recherche : les précaires vident leurs facs

Marie Piquemal et Cassandre Leray, Libération, 4 mars 2020

Une journée de mobilisation est organisée ce jeudi contre la précarité des enseignants-chercheurs à l’université. Vacataires pendant des années sans contrat de travail, rémunérés au smic et souvent payés avec retard, beaucoup sont à bout.

Ils ont prévu de s’habiller en noir de la tête aux pieds, « comme on porte le deuil », et de faire le pied de grue sur la place de la Sorbonne qu’ils espèrent remplie. Ce jeudi, un appel national à la mobilisation a été lancé dans toutes les universités (111 sont mobilisées selon le dernier décompte), invitant les enseignants-chercheurs et l’armada de précaires qui font aujourd’hui tourner les facs à stopper leurs activités. « Il faut montrer que l’université n’est plus capable de fonctionner avec son seul personnel d’enseignants-chercheurs, balance Clément Scotto di Clemente. Tout le système repose sur les précaires. Se rassembler devant la Sorbonne, c’est montrer que même une université aussi prestigieuse est touchée par la précarisation. »


• Note de SLU : pas que les précaires !!

Loi sur la recherche : universités et laboratoires dans la rue contre la précarité

Camille Stromboni, Le Monde, 4 mars 2020

Un appel à la mobilisation a été lancé pour le jeudi 5 mars, soutenu par l’ensemble des syndicats, alors que le gouvernement tarde à présenter le détail du texte.

Largement saluée au départ [2] comme une promesse de financement dans un secteur en souffrance, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) va-t-elle réussir le tour de force de devenir la cause d’une mobilisation d’ampleur, contre elle, dans le monde scientifique ? Une coordination nationale des « facs et des labos en lutte » appelle à faire de jeudi 5 mars « le jour où l’université et la recherche s’arrêtent ». Un appel soutenu par les syndicats du secteur, toutes tendances confondues, qui ont déposé des préavis de grève.

« Des mobilisations et des actions sont prévues dans l’ensemble des universités du territoire  », soutient Marie Sonnette, maîtresse de conférences en sociologie et membre de cette coordination, réunie pour la première fois en décembre 2019 dans le cadre de la mobilisation contre la réforme des retraites.

« Ce que nous savons de la LPPR va dans le sens de la casse du service public, avec plus de précarité et moins de financements pérennes », dénonce l’universitaire. En tête des revendications de cette journée : le retrait du texte et la demande d’un «  plan de titularisation massif des 130 000 précaires et vacataires » de l’université et de la recherche, et de « créations de postes ».


(la suite)

À la fac, enseignants et chercheurs trouvent surtout… la précarité

Clara Bamberger, Le Canard Enchaîné, 4 mars 2020


• Note de SLU : il y a tout de même un donneur d’ordre, chef de labo qui accepte (suggère ?) d’embaucher un post-doc gratuit !

A l’université et dans les laboratoires aussi, la précarité a des effets négatifs

David Larousserie, Le Monde, 2 mars 2020.

De nombreuses études détaillent les conséquences des contrats courts, alors qu’une partie de la communauté scientifique se mobilise contre le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche.

Ce qui frappe dans son article, comme dans d’autres, est la convergence des descriptions sociologiques des transformations du système. Cette littérature savante n’hésite pas à parler d’évolution néolibérale de l’université, caractérisée par, pêle-mêle, la marchandisation, la compétition, la rationalisation des procédures, l’évaluation quantitative, l’individualisation, la promotion de « manageurs » de la recherche, la bureaucratie…

Ces constats sont souvent réfutés en France par ceux qui accompagnent ces évolutions. « Je ne crois pas aux transformations néolibérales du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche », déclarait ainsi Jean Chambaz, président de Sorbonne Université, le 12 février sur France Culture. Pourtant, « l’université a cessé d’être un bien public et est maintenant présentée comme un contributeur important aux économies privées et aux intérêts des entreprises », constate un ouvrage collectif académique de 2019, The Social Structures of Global Academia (« les structures sociales de l’université globale », Routledge, non traduit), sous la direction de Fabian Cannizzo et de Nick Osbaldiston, et qui rassemble des contributions de divers pays (Pays-Bas, Australie, Autriche, mais pas la France). La science sur la science peut-elle avoir raison ?


Inquiétudes sur l’avenir de la recherche

Eva Mignot, Alternatives économiques, 21 février 2020

Incertitude sur les financements, précarité accrue : malgré le flou qui l’entoure, la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche suscite de vives craintes parmi les enseignants-chercheurs.

Mais concrètement, de quel budget parle-t-on ? Si Emmanuel Macron assurait fin novembre que «  les chiffres seraient au rendez-vous  », là encore, aucun montant n’a été avancé ou confirmé par le ministère. « On ne nous donne aucun chiffrage. Tant que cela n’a pas été arbitré par Bercy, on ne sait pas du tout où l’on va, explique Xavier Duchemin. Pour atteindre les 3% de Lisbonne, ça coince au niveau du budget de l’Etat. Plus on attend, plus on a tendance à penser que le budget sera réduit à peau de chagrin. Et si cet argent n’est pas mis sur la table, on va avoir du mal à rendre la recherche française attractive ».


Macron perd ses facultés

Maëlle Benisty, Politis, 19 février 2020

Les corps étudiant et enseignant ainsi que tous les autres personnels de l’enseignement supérieur font front commun contre la casse de la recherche publique par le gouvernement.

L’université a ses précaires que Macron ignore. Mardi 11 février, des collectifs de précaires de l’enseignement supérieur ont fait couler du faux sang sur les pavés parisiens, place de l’Hôtel de Ville. Au sol, une affiche : « La précarité tue. » De Rouen à Montpellier en passant par Nanterre, de nombreuses facs ont multiplié les actions symboliques toute la journée pour faire entendre leur colère face au mépris du gouvernement. « Nous refusons d’être invisibles et de disparaître en silence » […]


Crise dans la recherche : "Je passe 80% de mon temps à m’occuper de la partie administrative de mon travail"

France-Inter, jeudi 20 février 2020, 7-9, Alexandra Bensaid , Nicolas Demorand


Le projet actuel visant à accroître les inégalités entre chercheurs sera probablement contre-productif

Jean-Baptiste Fressoz (historien, CNRS), chronique dans Le Monde, 19 février 2020.

Dans sa chronique, Jean-Baptiste Fressoz critique les trois rapports parus fin 2019 portant sur l’innovation, le financement et les carrières de chercheurs, et s’étonne de la méconnaissance qu’ils montrent des mécanismes de la recherche scientifique.

Mais le plus étonnant dans ces rapports sur la recherche scientifique est leur méconnaissance complète de… la recherche scientifique sur le sujet qu’ils abordent ! Cela fait plusieurs décennies maintenant que des économistes armés de modèles statistiques et d’énormes bases de données bibliométriques étudient les déterminants de la production scientifique. Or, que concluent-ils ?

Premièrement, à l’échelle individuelle, on observe une loi des rendements décroissants : un doublement du salaire n’entraîne pas un doublement des publications. Ce point est assez évident, mais il signifie que le projet actuel visant à accroître les inégalités entre chercheurs sera probablement contre-productif. Et qu’un système relativement égalitaire avec une évaluation qualitative, celui qui existe actuellement, est plus performant.

Deuxièmement, à l’échelle macro, on constate une constance du rendement en fonction de l’investissement public (« Scientific Competition Between Countries : Did China Get What It Paid for ? », Pierre Courtioux, François Métivier, Antoine Rebérioux, documents de travail du Centre d’économie de la Sorbonne n° 19013).


Chercheurs en lutte : les scientifiques inventent de nouvelles formes de grève.

Antonio Fischetti, Charlie Hebdo, 10 février 2020

Une grève, c’est fait pour être vu. Mais quand on est chercheur, comment agir ? En bloquant la transmission des savoirs, les scientifiques explorent des modes d’action qui pourraient inspirer bien d’autres travailleurs « invisibles ».

Un conducteur de métro qui fait grève, ça emmerde tout le monde, et on en parle à la télé. Mais il y a des boulots où la grève est nettement moins visible. C’est le cas des chercheurs. Un chercheur, quand ça bosse, ça lit des publications scientifiques, ça fait des expériences dans son labo, ça écrit des articles qui sont lus par une poignée d’autres spécialistes.

Imaginons la journée d’un chercheur en grève. Il s’installe sur son canapé pour lire une bande dessinée, plutôt que d’aller en bibliothèque consulter des archives historiques  ? Il abandonne ses expériences de chimie pour cuisiner un pot-au-feu  ? Il découvre un traitement contre le sida et ne le dit à personne  ? Il trouve la cause du déclin de la civilisation maya, mais il attend le retrait de la réforme des retraites pour la dévoiler  ? Dans tous les cas, le grand public n’est pas au courant et le gouvernement s’en tamponne royalement.

Pourtant, comme beaucoup de gens, les scientifiques sont très remontés contre la réforme des retraites. Déjà, ils sont largement concernés, car ils partent avec un lourd handicap. Le temps de faire un doctorat (minimum huit ans après le bac), c’est généralement vers l’âge de 30 ans qu’ils commencent à bosser – et donc, à cotiser pour la retraite. En plus, les chercheurs ont un autre grief : la future « loi de programmation pluriannuelle de la recherche », qui va précariser encore plus leur statut. Ce qui fait dire à Fabrice Virgili, historien au CNRS, que « les jeunes chercheurs sont pénalisés à la fois en début et en fin de carrière, parce qu’ils auront encore plus de mal à trouver un poste, et que leur retraite va diminuer. Nous voulons montrer que les métiers de la recherche sont en danger ».


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Pourquoi la loi de programmation de la recherche inquiète les universitaires

Sonia Trincet, France-Inter, 12 février 2020.

Un vent de colère monte chez les enseignants-chercheurs. Déjà remontés contre la réforme des retraites qui va les pénaliser, ils voient arriver d’un mauvais oeil la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), dont le contenu sera dévoilé au printemps. Explications.

Depuis quelques semaines, l’inquiétude grandit dans les universités, en raison non seulement de la réforme des retraites, qui va pénaliser les enseignants, mais aussi de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), promise par le gouvernement il y a un an.

L’objectif affiché de la LPPR est de revaloriser les carrières des jeunes chercheurs et d’augmenter le niveau de la recherche en France, selon le ministère de l’Enseignement supérieur, qui reçoit cette semaine les organisations syndicales.

Le contenu du texte, présenté au printemps, n’est pas encore connu. Toutefois, des rapports contenant des pistes précises ont été publiés et ce qui y figure inquiète les enseignants des universités, même si le ministère assure que tout ne sera pas forcément dans la loi. […]


Une réforme à l’encontre des attentes des chercheurs

Tribune dans Libération, 12 février 2020

Par Philippe Büttgen Philosophe, professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Bruno Chaudret Chimiste, directeur de recherche au CNRS, académie des sciences, Didier Chatenay Physicien, directeur de recherche au CNRS, Olivier Christin Historien, professeur à l’Université de Neuchâtel, directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, Giancarlo Faini Physicien, directeur de recherche au CNRS, Marion Fontaine Historienne, maîtresse de conférences à l’Université d’Avignon, Bastien François Politiste, professeur à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne et président de la Fondation pour l’écologie politique, EE-LV, Olivier Gandrillon Biologiste, directeur de recherche au CNRS, ENS-Lyon, Daniel Goldberg Mathématicien, maître de conférences à l’Université Paris-VIII et ancien député PS, Catherine Jeandel Océanographe, directrice de recherche au CNRS, Eric Kerrouche Politiste, directeur de recherche au CNRS et sénateur PS, Dominique Meda Sociologue, professeure à l’université Paris-Dauphine, Pierre Ouzoulias Archéologue, chargé de recherche au CNRS et sénateur PCF, Michel Saint-Jean Physicien, directeur de recherche au CNRS, Frédéric Sawicki Politiste, professeur à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Isabelle This Saint-Jean Economiste, professeure à l’université Sorbonne-Paris-Nord, secrétaire nationale aux études du PS.

Les amphis et les labos grondent. La colère enfle. Comment pourrait-il en être autrement ? Depuis des années, universitaires et chercheurs alertent sur la dégradation régulière de leurs conditions de travail et de leurs moyens. Aujourd’hui, ils découvrent que le gouvernement va non seulement obérer leur avenir avec une réforme des retraites inique, mais en outre aggraver encore leur quotidien avec sa loi de programmation (LPPR). Trop, c’est trop !

[…] annoncer une loi de programmation début 2019 ne se traduisant par des financements qu’à partir de 2021, un an avant la fin du quinquennat, est avant tout un moyen de prendre des engagements pour les successeurs ; cela constitue donc une basse manœuvre qui aura permis au gouvernement de gagner une année supplémentaire dans le refinancement vital du secteur. En outre, au vu des chiffres considérables que nous mentionnons plus tôt pour la compensation pour les retraites, il y a fort à craindre que ces dernières engloutissent la majeure partie des financements supplémentaires et que donc les conditions indignes dans lesquelles se font la recherche et l’enseignement ne s’améliorent que marginalement.

Par ailleurs, le gouvernement assortit cette promesse de financements de conditions inacceptables. En premier lieu, l’exécutif veut encore renforcer les appels à projet comme source de financement de la recherche, et ce alors que les universitaires, même s’ils les considèrent comme d’utiles compléments, dénoncent depuis longtemps la perte de temps qu’ils constituent, le conformisme court-termiste scientifique qu’ils induisent et la bureaucratie académique qui en résulte.

Deuxièmement, rien ne semble permettre d’espérer une éclaircie sur le front de l’emploi scientifique et de la création de postes. Entre 2008 et 2016, il y a eu une chute de 35 % des recrutements de maîtres de conférences et de 38 % de chercheurs. Ce manque de personnel a été compensé par une forte augmentation du nombre CDD. Cette précarité s’accentuera si sont adoptées les nouvelles modalités de recrutement dérogatoires au statut actuel de la fonction publique : les contrats à durée indéterminée (CDI) « de projet » et les contrats de « tenure trac »[sic] (« titularisation conditionnée »). Cela va à rebours des attentes.

[…] La communauté universitaire est sortie désabusée des dernières batailles qu’elle a menées mais si le gouvernement pense pouvoir en tirer avantage il se trompe car les universitaires n’ont pas pour autant renoncé à se faire entendre tant des évolutions aux conséquences irréversibles leur paraissent imminentes. Et si, encore une fois, ils n’étaient pas écoutés, il est à craindre que le découragement gagnerait jusqu’aux plus enthousiastes d’entre eux et que la jeunesse se détournerait de ces métiers. Cela induirait alors une dégradation définitive du potentiel d’enseignement et de recherche du pays, remettant en cause notre avenir collectif. Le gouvernement a fait des promesses qui ne doivent pas être de simples miroirs aux alouettes. Pour que la France puisse tenir son rang de puissance scientifique majeure, il nous faut maintenant des actes forts conformes aux besoins et aux souhaits des universitaires, sinon il sera trop tard.


Doctorants et docteurs précaires : « On n’est jamais assez bien, alors qu’on se tue au travail »

Cassandre Leray , Libération, 12 février 2020
Sous-payés, sous pression, les précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche sont en lutte depuis deux mois. Ils racontent leur quotidien pour « Libération ».

« On est exploités alors que sans nous, l’université ne tourne pas ! » soupire Juliette (1), en deuxième année de thèse. Assise sur un banc place de la Sorbonne, elle jette un regard désabusé vers l’université Paris-1, où elle est vacataire. Depuis deux mois, comme elle, de nombreux précaires sont mobilisés pour dénoncer leur situation : grèves, tribunes, manifestations, la parole se délie. « Ça fait des années qu’on est maltraités, mais personne n’en parlait, par peur de perdre nos contrats », marmonne la doctorante de 24 ans derrière son écharpe.


En France, 24% des enseignants du supérieur sont précaires (sans compter les vacataires)


« A l’université, la destruction des collectifs de travail est à l’œuvre », Le Monde, 10 février 2020

Des chercheurs et des enseignants-chercheurs, membres du collectif Sauvons l’université, estiment, dans une tribune au « Monde », que la réforme annoncée pour la recherche affaiblira encore davantage le service public, à l’image de ce qui s’est fait pour l’hôpital.

Comme à l’hôpital, la notion même de service public est en recul constant tandis que les pratiques managériales progressent. Les universités sont les plus grands employeurs de contractuels de toutes les institutions étatiques au point que, dans certaines d’entre elles, ce sont des enseignants sous contrat qui assurent l’essentiel des enseignements des trois premières années de licence. Dans l’administration coexistent des fonctionnaires sous-payés et jamais promus, des contractuels précaires et quelques agents bien rémunérés, là où le marché privé est trop concurrentiel pour qu’on puisse les recruter au tarif de la fonction publique. Comme à l’hôpital, l’université connaît turnovers, démissions, surmenage et désaffection.


« A l’université comme à l’hôpital ou dans la justice, on détruit la conception du service public ». Entretien avec Philippe Blanchet, sociolinguiste, Le Monde, 10 février 2020

Philippe Blanchet, président du conseil académique de l’université Rennes-II, dénonce les « politiques néolibérales » menées dans l’enseignement supérieur depuis trente ans.

Les politiques publiques menées dans l’enseignement supérieur et la recherche vont dans le même sens depuis trente ans, la casse du modèle qui dominait en France depuis 1945, celui d’un service public gratuit et accessible à tous. Dans les années 1980, il y a eu les premières attaques avec la tentative de la loi Devaquet, qui portait l’idée d’une université sélective et payante. Depuis, cela n’a pas cessé : l’université est passée à la moulinette des idées néolibérales, avec toujours moins d’emplois permanents et de financements, toujours plus d’appels à projets et de concurrence.

Récemment, on peut citer Parcoursup, qui a créé un système de compétition à l’entrée de l’université, ou le plan « Bienvenue en France », qui augmente les droits d’inscription des étudiants étrangers, soit une sélection par l’argent. Comme à l’hôpital ou dans la justice, on détruit petit à petit la conception de service public.


Recherche : « Notre politique de recherche serait-elle faite par et pour 1 % des scientifiques ? », Le Monde, 10 février 2020

Plus de 700 directrices et directeurs de laboratoires de recherche contestent, dans une tribune au « Monde », les critères qui président à l’élaboration de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Ils préconisent de « renforcer les collectifs » plutôt que de promouvoir « une infime élite œuvrant au profit d’une infime partie des savoirs ».

L’application généralisée et systématique des critères de la « performance », dont on connaît pourtant bien les défauts et les travers, constitue un danger majeur qui met notamment en péril notre indépendance vis-à-vis des financements privés et internationaux. Que se passera-t-il quand les chercheuses et les chercheurs travaillant dans les domaines de l’énergie, de l’économie, de l’agriculture ou de la pharmacie ne seront plus financés que par le secteur privé ou des intérêts sectoriels ? Les sciences où les brevets sont rares, qui ne nécessitent pas de gros équipements et dont les travaux profitent davantage à l’intelligence collective et au progrès social sont-elles amenées à disparaître ?


« La Loi de programmation pluriannuelle pour la recherche ne doit pas consacrer une seule forme d’excellence », C. Musselin, Le Monde, 10 février

Si une réflexion sur le financement de la recherche est nécessaire, la concentration de moyens sur certaines universités risquerait d’appauvrir davantage les autres établissements, estime la sociologue Christine Musselin dans une tribune au « Monde »

Une loi qui ne consacre qu’une forme « d’excellence » risque d’appauvrir un peu plus ceux et celles qui ne rentrent pas dans ce cadre et de rendre moins attractives les autres missions de l’université – notamment celle d’enseignement –, pourtant tout aussi indispensables.


Loi de programmation pluriannuelle de la recherche : « Une réforme néolibérale contre la science et les femmes », Le Monde, 10 février 2020

Un collectif de chercheuses et d’universitaires spécialistes du genre dénonce, dans une tribune au « Monde », la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, car elle accroîtra les inégalités au sein de la science française en concentrant les ressources dans les mains de quelques-uns.

Les technocrates qui font ces réformes, coupés de nos métiers, ne voient pas que la « gestionnarisation » à outrance de l’université, comme celle de l’hôpital, est « contre-performante », pour reprendre leurs termes. Mais ces projets contiennent une autre menace, plus rarement dénoncée : ils vont accroître les inégalités liées à la classe, à l’assignation ethnoraciale, à la nationalité, au handicap, à l’âge, ainsi que les inégalités entre les femmes et les hommes.


La colère des enseignants-chercheurs face à une université « au bord du gouffre », Camille Stromboni, Le Monde, 10 février 2020

Des universitaires témoignent de la dégradation de leurs conditions de travail et de l’impression de ne plus pouvoir remplir leur mission de service public.

« Le mot “malaise” est trop faible, c’est un mélange de colère et d’abattement qu’on ressent, avec la perte de sens de ce que doivent être l’enseignement supérieur et la recherche », dit Gabriel Galvez-Behar, doyen de la faculté des humanités à Lille. Celle-ci a adopté, le 6 février, une motion exprimant sa « défiance » concernant le futur texte de loi, et son « opposition à toute mesure qui viendrait fragiliser encore davantage la situation de l’université ». Pour le doyen, dont l’établissement déploie actuellement un plan d’économies, les mots ne sont pas trop forts : « l’université est au bord du gouffre ».


Université : la « Sorbonne en lutte » contre la précarité, Rouguyata Sall, Médiapart, 8 février 2020

Mobilisés depuis début décembre contre la réforme des retraites et la loi de programmation de la recherche, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants se sont rassemblés sur la place de la Sorbonne à Paris pour une « veillée des idées  ».

Les chercheurs qui prennent la parole […] n’oublient pas les étudiants, les doctorants et jeunes chercheurs. Johanna Siméant, politologue à Paris-I, a enseigné vingt-deux ans à l’université qu’elle voit se dégrader depuis de nombreuses années. Elle évoque «  tous ses anciens élèves qui pensaient que ça valait la peine  » de se lancer dans la recherche avant de déchanter. Elle mentionne aussi ce doctorant qui a atterri aux urgences psychiatriques, qui ne sera pas remboursé faute de mutuelle.

Membre du comité éditorial de la revue Genèses – la première à s’être mise en grève –, elle revient avec nostalgie sur leur joie d’être intégrée dans les revues, les échanges dans les réunions, « ce temps qu’on pouvait se permettre de prendre ». Depuis quinze-vingt ans, ils perçoivent une baisse de la qualité des articles envoyés, « formatés pour le marché de la bibliométrie, débités pour qu’il n’y ait pas trop d’idées dans un article  », et ainsi pouvoir en publier plus.


Les enseignants-chercheurs se mobilisent contre la réforme des retraites

Hippolyte Radisson, La Croix, le 7 février 2020

Inquiets, les enseignants-chercheurs craignent que la réforme des retraites, puis la future loi de programmation de la recherche ne mettent à mal leur statut et instaurent une logique de productivité.

[…] Contacté, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche n’a pas répondu à nos sollicitations [3]. La coordination des facs et labos en lutte prévoit, elle, une journée « université morte » le 5 mars prochain.


Enseignants-chercheurs : « On est en sous-effectif, sous-payés... l’université va craquer ! »

Casandre Leray, Libération, 6 février 2020.
A l’université Panthéon-Sorbonne, personnels et étudiants ont symboliquement déposé leurs outils de travail mercredi, à l’occasion des deux mois de la mobilisation du monde universitaire, en lutte contre les réformes de la recherche et des retraites.


« On ne peut pas réformer la recherche sans les chercheurs »

Interview de Pierre Ouzoulias par Olivier Monod, Libération, 31 janvier 2020


La loi […] devait être ambitieuse et présentée en Conseil des ministres en février. Elle risque d’être réduite (une dizaine d’articles) et repoussée au printemps.
Pour le sénateur communiste et ancien chercheur Pierre Ouzoulias, ces atermoiements sont « une forme de mépris ». Il appelle la ministre Frédérique Vidal à « sortir du bois »


LPPR : les chercheurs aussi descendent dans la rue

David Larousserie et Camille Stromboni, Le Monde, 27 janvier 2020
La future loi de programmation pluriannuelle de la recherche et le dossier des retraites inquiètent la communauté scientifique, dont les membres se joignent dorénavant aux manifestations, à l’instar de celle du 24 janvier.

Jusque-là, le mouvement contre la réforme des retraites, dans laquelle les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche sont présentés comme des « perdants », au même titre que les enseignants du secondaire, n’avait eu que peu d’écho dans le monde universitaire et estudiantin. […] Mais depuis janvier la tension augmente…

Deux innovations dans le domaine du recrutement dérogeraient dans la loi au statut actuel de la fonction publique et catalysent les oppositions : les contrats à durée indéterminée (CDI) de projet et les contrats de tenure track, « titularisation conditionnée ». Les premiers s’arrêtent par un licenciement à la fin d’un projet de plusieurs années et visent à mettre fin au bricolage administratif actuel pour conserver des personnels. Les seconds sont des contrats à durée déterminée (CDD) débouchant sur un poste permanent après une durée de plusieurs années. « Cela permet de recruter plus jeune que les plus de 30 ans actuellement », souligne le député MoDem Philippe Berta, qui a participé aux groupes de travail en amont de la LPPR.
Un « système à deux vitesses » et de nouvelles formes de « précarité », dénoncent en revanche les opposants à la réforme. « Ce serait une période probatoire qui porte clairement atteinte aux libertés académiques, estime le sociologue François Sarfati. Pendant ce temps, le jeune chercheur serait en situation de dépendance vis-à-vis de la hiérarchie locale. »


Projet de réforme : la recherche sans développement

Simon Blin et Olivier Monod, Libération,19 janvier 2020
« CDI de chantier », recrutements en baisse, mise en concurrence, le projet de réforme censé contribuer au rayonnement international du secteur inquiète les scientifiques.

C’est une loi qui fait parler d’elle avant même sa présentation officielle. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) doit cadrer le paysage scientifique français pour les années à venir. Annoncées en février 2019 pour une présentation en février 2020 en Conseil des ministres et une mise en application en 2021, certaines pistes de réflexion font d’ores et déjà polémique.

Une mesure est particulièrement pointée du doigt : la création de « CDI de chantier », des contrats de mission scientifique qui s’interrompent à la fin d’un projet de recherche. L’idée, reprise par Emmanuel Macron dans un discours aux 80 ans du CNRS le 26 novembre 2019, fait clairement planer la menace de la fin du chercheur statutaire. « Comme avec la SNCF, on s’attaque au statut de fonctionnaire, explique le sociologue et chargé de recherche au CNRS Pascal Marichalar.


Petits cœurs, flash mob, candidatures multiples, grève des revues... la recherche trouve de nouveaux modes d’action

Médiapart, Faïza Zerouala, 23 janvier 2020

Le chercheur Samuel Hayat a ajouté des petits cœurs sur l’enveloppe destinée à porter sa candidature au Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES). Histoire de se distinguer de la masse mais aussi de souligner avec autodérision le caractère symbolique de cette entreprise de conquête. Car tous les candidats savent qu’ils n’ont absolument aucune chance de remporter ce siège.

Malgré tout, le 21 janvier, une centaine de chercheurs se sont rendus au ministère de l’enseignement supérieur, coiffés de leur toque, pour déposer les courriers dans lesquels ils se proposent de présider le HCERES, sans chef depuis un mois. Près de 5 000 universitaires les ont imités, dans l’espoir de « faire dérailler la machine bureaucratique » et de montrer leur opposition à la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche.

Si elle était votée, le HCERES, en tant qu’autorité administrative, aurait un pouvoir décuplé d’évaluation des laboratoires de recherche, craignent les chercheurs mobilisés. Cet organisme revêt une importance particulière, car le conseiller enseignement supérieur et recherche d’Emmanuel Macron, Thierry Coulhon, serait en pole position pour en décrocher la présidence. « Cette candidature collective dénonce ce nouveau pouvoir de contrôle », explique Samuel Hayat, chercheur au CNRS et membre du comité de mobilisation.

En lutte à la fois contre la réforme des retraites et la future loi de programmation pluriannuelle, le monde de la recherche s’efforce de se faire entendre.

Loi recherche : le gouvernement écarte les sujets les plus sensibles

M.C. Corbier , Les échos, 22 janvier 2020

La future loi de programmation pluriannuelle de la recherche devrait surtout être une loi budgétaire, écartant les sujets qui fâchent tels que la suppression de la qualification par le Conseil national des universités ou le temps de travail des enseignants-chercheurs.

Le sujet hautement inflammable de la suppression de la qualification par le Conseil national des universités (CNU), sur lequel le gouvernement entendait ouvrir une concertation, ne devrait pas être inscrit à l’ordre du jour de la future loi. Après le dépôt d’un amendement au projet de loi sur la fonction publique , par des députés de la majorité, visant à le supprimer, le SNESUP-FSU avait parlé de « provocation ».

Les discussions sur le volume des 192 heures, règle principale qui régit le temps de travail des enseignants-chercheurs, devraient être remisées aussi. Tout comme la fusion, évoquée, des deux statuts de maître de conférences et de professeur d’université.

« Il n’y aura rien de tout cela, ce sera une loi budgétaire », confie-t-on au sein de l’exécutif. Le gouvernement envisage néanmoins une nouvelle voie de prérecrutement de professeurs d’universités ou de directeurs de recherche sous une forme appelée « tenure track » dans le monde anglo-saxon.


[1un indice : un "journal du soir de référence"

[2Note de SLU : ??

[3Aux nôtres non plus !