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CampusFrance : les chiffres ne sont pas bons ? Hop ! changeons les chiffres… 7 avril 2019

dimanche 7 avril 2019, par Mademoiselle de Scudéry

Manœuvre éprouvée avec Parcoursup en août dernier : le thermomètre ne donnant pas le résultat escompté, ils ont cassé le thermomètre. (« Parcoursup, une nouvelle façon de présenter les choses... », Libération, 23 juillet 2018)

Billet de blog sur Médiapart : « Le Ministère de l’Enseignement Supérieur a manipulé les chiffres de Campus France »

Pétition en ligne lancée par le collectif QSFSP de Nancy.

Des bobard, des bobards encore des bobards…

Et encore un autre billet de blog de l’oiseau sur Mediapart… où l’on apprend que la ministre a découvert avec effarement la baisse de 33 % des inscriptions d’étudiants étrangers à l’Université de Lorraine (8 avril)

Et une lettre ouverte, une ! (9 avril)


Jusqu’au 31 mars 2019, les étudiants étrangers postulant à une première année universitaire remplissaient leurs demandes sur le site Campus France en effectuant trois vœux classés pour leur établissement d’accueil. Les réponses étaient déployées en trois vagues. À chaque étape, une seule université était amenée à répondre au candidat : celle qui correspondait au premier vœu dans la première phase, au second (lorsque le premier avait reçu un avis défavorable) dans la deuxième phase, et au troisième (les deux premiers ayant reçu un avis défavorable) dans la troisième phase. Ainsi, à chaque étape, les demandes reçues par chaque université correspondaient à des sollicitations réelles, pouvant conduire à une inscription effective en cas d’acceptation.

Depuis le 1er avril 2019, une simultanéité du traitement des vœux a été mise en place. L’examen des trois vœux se fait en parallèle par les trois établissements sans transmission du dossier de candidature d’un établissement à un autre. Cela a évidemment pour conséquence de multiplier par 3 le nombre des demandes initiales— et incidemment de surcharger les commissions d’admission, qui seront tenues de statuer sur des demandes virtuelles. En conséquence, le ministère peut ainsi, au mépris le plus complet de toute honnêteté intellectuelle, afficher une statistique nationale en hausse et justifier de facto sa politique d’augmentation des frais de scolarité.

Frais d’inscription : une manipulation sur Campus France (suite)

Pour bien comprendre la nature de la manipulation opérée par les ministères de tutelle de Campus France (Affaires Étrangères et Enseignement Supérieur et Recherche), explicitions les détails.

Dans la procédure précédente, les étudiants postulant à une première année universitaire effectuaient trois vœux et chaque dossier était comptabilisé exactement une fois de plus que le nombre de rejets, donc :

• une seule fois en cas d’acceptation par la première université sollicitée,
• deux fois en cas de rejet par la première et d’acceptation par la seconde,
• trois fois en cas de rejet par les deux premières universités sollicitées.

Avec la nouvelle procédure, chaque dossier devra être traité trois fois, quelle que soit son degré d’avancement dans les commissions d’admission. Il sera ainsi comptabilisé trois fois dans les statistiques de demandes d’admission.

Pour fixer les idées, dans l’hypothèse toute théorique où 1/3 des demandes seraient rejetées aux étapes 1 et 2, la nouvelle méthode d’enregistrement implique ainsi une augmentation artificielle de 50% du nombre des demandes par rapport à la comptabilisation antérieure. (À noter que l’ancienne procédure conduisait déjà à un doublement du nombre des candidatures à l’entrée à l’université française. La nouvelle procédure augmente encore, dans l’hypothèse de travail indiquée, une augmentation supplémentaire de 50%.)

L’existence et la mise en place de cette nouvelle formule est attestée par les documents suivants :

(1) Campus France : (DAP - Demande d’admission préalable) : [...] Votre dossier de candidature sera examiné en même temps par les 3 universités que vous aurez demandées [...], date du 8 avril 2019
(2) Campus France pour le Maroc (en date du 8 avril 2019) :
"L’examen des 3 vœux se fera dorénavant en parallèle par les trois établissements, sans transmission du dossier de candidature d’un établissement à un autre. Le déséquençage du traitement des vœux sera effectif à partir du 29 mars dans la plateforme Études en France."

Les conséquences de ce changement de pied au milieu du gué sont multiples :

(a) Localement, les universités perdent une grande partie de la visibilité sur les effectifs d’étudiants susceptibles d’être présents lors de leurs rentrées universitaires.
(b) Le passage à la nouvelle formule ne pourra être exploité par les commissions d’admission qu’après le 10 mai, ce qui les contraint à travailler à l’aveugle pendant 6 semaines. Pire encore : il semble, aux derniers pointages, que l’historique des vœux disparaisse complètement de la plateforme "Études en France", ce qui interdira à terme toute analyse quantitative.
(c) Les commissions d’admission se voient imposer une surcharge de travail en étant contraintes de statuer sur toutes les demandes, avant le 15 mai, et cela sans aucun intérêt prospectif ou pédagogique. La seule conséquence est de conforter la communication gouvernementale.
(d) Le changement de méthode en cours de procédure induit une iniquité dans le traitement des dossiers étudiants. Un étudiant dont le premier vœu a déjà été accepté va spontanément répondre favorablement, alors qu’un étudiant recevant plusieurs avis favorables bénéficiera d’un choix au terme de la nouvelle procédure (voir Campus France : [...] Réponse de l’étudiant : avant le 17 mai 2019. Si vous avez reçu plusieurs propositions d’acceptations, vous devrez faire un choix. [...], date du 8 avril 2019).

Thomas Stoll et Gérald Tenenbaum


Sources :
On trouve tout sur le site web de Campus France :
https://www.campusfrance.org/fr/candidature-procedure-etudes-en-france
(DAP - Demande d’admission préalable) : [...] Votre dossier de candidature sera examiné en même temps par les 3 universités que vous aurez demandées [...].

Certains sites spécifiques de pays avec accord Campus France ont été changés dans ce sens, par exemple, pour le Maroc :
https://www.maroc.campusfrance.org/6les-reponses-des-etablissements

... mais il reste encore des traces de l’ancienne procédure pour d’autres pays, par exemple, la Tunisie,
http://www.tunisie.campusfrance.org/page/licence-1-paces-dap-blanche
(partie "4. Après mon entretien Campus France" ou la procédure est explicitement décrite)

... et évidemment dans les pdf encore téléchargeables sur les sites de certaines universités :
https://www.parisnanterre.fr/s-inscrire/guide-etudiants-etrangers-703659.kjsp
(document daté début janvier 2019 ; p.6)


Avec l’aide de nos collègues de Nancy toujours très très VNR.

Voici un compte-rendu de la visite « Bienvenue à Nancy »

Faisant écho au plan gouvernemental « Bienvenue en France », un plan « Bienvenue à Nancy » avait été organisé pour elle : des étudiants et des personnels universitaires étaient présents pour manifester leur opposition à l’augmentation annoncée des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors union européenne (de 170 à 2770 euros pour une année de Licence, de 243 à 3770 euros pour une année de Master). La ministre a donc croisé ce jour-là de nombreuses personnes arborant un carré rouge -symbole de cette opposition- et a été interpellée sur ce sujet à plusieurs reprises.
Une entrevue d’une demi-heure avec la ministre, répétant être venue parler d’autre chose, a ainsi a été spontanément proposée à des représentants du collectif QSFSP (constitué de personnels et d’étudiants de l’Université de Lorraine), qui lutte contre l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants extra-communautaires (voir http://qsfsp.ovh). Hania Hamidi, présidente de l’UNEF Lorraine, et Stéphane Flament, doyen de la Faculté des Sciences et Technologies accompagnaient le collectif, Pierre Mutzenhardt, président de l’université de Lorraine, et la ministre.

Derrière une communication gouvernementale bien huilée (redistribution sociale, meilleur accueil des étrangers, stabilité du nombre de candidatures sur campus France...), servie par une logorrhée ministérielle implacable, se dessine un projet de société clair et cohérent.
On « se rassure » ainsi devant la possibilité que les universités auront de choisir les formations qu’elles veulent soutenir malgré leur affaiblissement consécutif à cette réforme en exonérant par exemple les étudiants choisissant un Master que l’on souhaite ne pas voir fermer.
On « apprend » par ailleurs que les universités françaises ne manquent pas d’argent et Madame la ministre explique comment financer certaines formations grâce à la création de licences professionnelles qui permettent de récupérer de la taxe d’apprentissage.
On « comprend » que l’Université accueille trop d’étudiants. Le taux d’échec en première année serait expliqué par un attrait irraisonné de trop de jeunes pour des études supérieures généralistes. Heureusement, le gouvernement développe l’apprentissage et les formations en alternance, la société n’a pas besoin de tant d’étudiants dans le supérieur...
On « s’étonne » toutefois qu’une telle restructuration de l’enseignement supérieur soit envisagée alors que les chiffres sont bons (puisqu’on vous le dit) et que l’attractivité de la France se trouve renforcée par l’augmentation des frais d’inscription à l’Université.
On « salue » ensuite le civisme de ce gouvernement qui, par peur d’une réaction populiste face à un impôt français finançant des études d’étrangers, sollicite un financement par d’autres étrangers.
Lassés de tant de cynisme, on pleure finalement devant l’exaspération ministérielle à l’évocation de ces jeunes lycéens, majoritairement africains et francophones, qui voient leur rêve d’études en France brisé.

Bref, un entretien dont on sort exsangues dans un premier temps... puis regonflés et prêts à se battre !
Ce projet ne doit pas voir le jour ! Il est annoncé pour le 17 avril alors que les chiffres sur lesquels Madame la ministre communique sont plus que douteux et que les résultats officiels de Campus France montrent clairement une baisse des pré-inscriptions des étudiants étrangers en France.

Frédérique Vidal à Nancy, seule contre tous

7 avr. 2019, Blogs de Mediapart : Le Blog Du Rollier

Frédérique Vidal était présente ce vendredi à Nancy pour l’inauguration des nouveaux locaux de l’Institut Jean Lamour, laboratoire d’excellence en science des matériaux. Le campus ARTEM, où se situe le nouveau bâtiment, a été la scène d’une mobilisation locale contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers.

[…]Constatant l’importance de la mobilisation, Frédérique Vidal a reçu quelque temps plus tard une délégation composée d’étudiants et d’enseignants-chercheurs. Était également présents le président de l’Université de Lorraine (qui avait voté en Conseil d’Administration une demande immédiate d’abandon du décret), et le doyen de la Faculté des Sciences. Des échanges peu fructueux où la ministre a tenté (en vain) de convaincre la délégation et a découvert avec effarement la baisse de 33 % des inscriptions d’étudiants étrangers à l’Université de Lorraine. L’entrevue a été également l’occasion de rappeler que selon le collectif local QSFSP, 80 % des masters des UFR de Sciences de l’Université ne pourraient pas ouvrir sans étudiants étrangers. Une donnée qui a interpellé la ministre, étonnée que la présence d’étudiants étrangers soit nécessaire pour dépasser les seuils d’ouverture de Master.[…]


Un autre billet Nancéien

Les vacances, ça sert à quoi ? A faire passer des lois et des décrets, bien sûr - quand tout le monde est parti, ça passe mieux...

Il y a deux jours, vendredi lors de l’inauguration de l’IJL, Mme la ministre Vidal était à Nancy, comme vous le savez. Elle s’est bien cachée (je ne l’ai pas vue), mais elle avait amené son conseiller spécial jeunes, un certain Graig Monetti - si vous voulez voir sa photo, c’est ici : ce jeune homme a fait la fac de droit à Nice, et s’est engagé dans un club pour promouvoir une école privée "France Maths" : l’année de terminale y coûte par exemple la bagatelle de 8100€ (possible de payer en 10 fois) . Maintenant vous ne serez pas étonnés qu’il fasse à merveille la com du dispositif "Bienvenue en France" pour Mme la ministre, et il nous a expliqué avec aplomb que les chiffres d’inscription sont bien en hausse, depuis peu, et que le rapport flash du parlement, ainsi que nous tous, n’étions pas au courant des "vrais" chiffres !
Or, vous connaissez maintenant l’origine de ces "vrais" chiffres - c’est une manipulation qui dépasse tout ce que Mme Vidal nous a offert jusque-là (voir ci-dessus).

Pour revenir à Graig, il était quand-même un peu nerveux quand je lui ai demandé pourquoi le décret n’était pas sorti fin mars comme annoncé : oui, en effet, il y avait des petits imprévus - par exemple, disait-il, la CPU "a trahi sa position : dans le passé, elle était toujours pour l’augmentation des frais d’inscription ; on était surpris qu’elle ait changé d’avis là". Comme quoi la mobilisation a déjà payé ! Mais, il a promis fermement que le gouvernement ferait passer le décret pendant les vacances de pâques.

Voilà à quoi servent les vacances. Qu’elles soient bonnes, quand-même !


Lettre ouverte au Président de l’Université de Lorraine Pierre Mutzenhardt,

Par Wolfgang Bertram, Institut Elie Cartan de Lorraine, Département de Mathématiques (Nancy). 9 avril.

[…]Vous n’étiez peut-être pas non plus au courant que, au moment où vous parliez avec Mme la ministre à l’intérieur du bâtiment, à l’extérieur un chargé de communication du ministère, Graig Monetti, mettait en doute votre parole, et celle de vos collègues présidents d’université, en affirmant “Je ne pense pas que l’avis de la CPU soit un vrai avis” : il nous a expliqué que la CPU était, dans le passé, toujours favorable à une augmentation des frais d’inscription, et que ce changement d’avis récent ne correspondait pas à une réalité (j’ai été personnellement témoin de ces propos).
Monsieur le président, il vous appartient d’expliquer au ministère, et au grand public (dont nous, membres de l’UL), que ces propos de monsieur Monetti sont diffamatoires, et que votre avis, ainsi que celui de certains de vos collègues de la CPU, est un vrai avis, et non un simulacre.[…]


Des bobard, des bobards encore des bobards…

Frais d’université : pas de hausse pour les étrangers déjà en France. (Le Figaro, 7 avril)

« Ce que je peux annoncer (...) c’est que pour les étudiants qui aujourd’hui sont déjà dans un cursus en France, il n’y aura pas de changement des droits d’inscription », a déclaré Gabriel Attal sur France 3.

Démonté par Université ouverte,

L’article 4 indique que tou∙tes les étranger∙es hors Union Européenne paieront, sauf s’ils et elles déclarent leurs revenus à l’administration fiscale française depuis au moins deux ans et demi. Une lycéenne arrivée en terminale, par exemple, devra payer 2770€ pour continuer en licence.

L’article 20 fixe la situation des étranger∙es déjà présent∙es en France cette année : ils et elles ne paieront pas « jusqu’à la fin de leurs études effectuées sans discontinuité ». La formulation n’est pas très claire à propos d’un changement d’université : si j’obtiens ma licence à Nancy en juin 2019 et que je m’inscris en Master à Rennes en septembre 2019, est-ce une discontinuité ?